Culture médicale

Marie Curie : la scientifique qui a ouvert la voie à la radiothérapie

Marie Curie (1867-1934), double prix Nobel, a découvert la radioactivité et le radium, révolutionnant la physique, la chimie et ouvrant la voie au traitement du cancer par radiothérapie.

⏱ 8 min de lecture·1 juillet 2026
Portrait de Marie Curie (1867-1934), physicienne et chimiste, double prix Nobel
Portrait de Marie Curie (vers 1900) — domaine public, Wikimedia Commons

Il y a des découvertes qui changent la physique, la chimie et la médecine simultanément. La radioactivité est de celles-là. Et derrière la radioactivité, il y a Marie Curie — Polonaise exilée à Paris, physicienne dans un monde d'hommes, qui a passé sa vie à mesurer des phénomènes que personne ne comprenait encore, et qui est morte de ces mêmes phénomènes qu'elle avait contribué à révéler.

Elle n'était pas médecin. Mais peu de personnes dans l'histoire ont autant contribué à la médecine.

Varsovie, Paris, et le rêve de science

Maria Sklodowska naît le 7 novembre 1867 à Varsovie, alors sous domination russe. La Pologne est occupée, la langue polonaise interdite dans les écoles officielles. Maria s'instruit clandestinement dans l'Université volante — un réseau d'enseignement souterrain. Elle rêve d'étudier les sciences, impossible en Pologne pour une femme.

Elle conclut un pacte avec sa sœur Bronya : l'une travaille d'abord pour financer les études de l'autre, puis les rôles s'inversent. Maria travaille comme gouvernante pendant des années, envoie de l'argent à Bronya qui étudie la médecine à Paris. En 1891, son tour vient. Maria arrive à Paris avec presque rien, s'inscrit à la Sorbonne sous le prénom francisé de Marie, et se consacre à la physique.

Elle y rencontre Pierre Curie, physicien lui aussi, qu'elle épouse en 1895. Leur collaboration scientifique est exceptionnelle. Le couple aura deux filles, Irène (1897) et Ève (1904) — Irène recevra à son tour le prix Nobel de chimie en 1935, avec son mari Frédéric Joliot, pour leurs travaux sur la radioactivité artificielle.

Le 19 avril 1906, alors qu'il traverse une rue parisienne sous la pluie, Pierre Curie est renversé par une voiture à cheval et meurt sur le coup, le crâne écrasé sous une roue. Il a 46 ans. Marie, dévastée, reprend sa chaire à la Sorbonne — elle en devient la première femme titulaire — et continue seule leurs recherches communes.

La radioactivité : un mot qu'elle a inventé

En 1896, Henri Becquerel observe que l'uranium émet des rayonnements sans avoir été exposé à la lumière. Marie Curie reprend ces travaux comme sujet de thèse. Elle invente un dispositif de mesure précis pour quantifier ces rayonnements et commence à étudier systématiquement différents éléments.

Elle découvre que le thorium est aussi radioactif que l'uranium. Et que la pechblende — un minerai d'uranium — est plus radioactive que l'uranium pur, ce qui suggère la présence d'un élément inconnu encore plus actif.

Elle forge le terme radioactivité pour désigner ce phénomène — l'émission spontanée de rayonnements par un atome. Et elle démontre une chose fondamentale : la radioactivité est une propriété intrinsèque de l'atome, pas une réaction chimique. C'est une révolution dans la compréhension de la matière.

Avec Pierre, elle isole deux nouveaux éléments : le polonium (nommé en hommage à sa Pologne natale) et le radium. Pour isoler un gramme de radium pur, il faudra traiter plusieurs tonnes de pechblende.

Deux prix Nobel, une seule femme

1903 : Prix Nobel de physique, partagé avec Pierre Curie et Henri Becquerel, pour la découverte de la radioactivité.

1911 : Prix Nobel de chimie, seul cette fois, pour la découverte du polonium et du radium et l'isolement du radium pur.

Deux prix Nobel dans deux disciplines différentes. Aucun autre scientifique dans l'histoire n'a accompli cela.

La même année 1911, l'Académie des sciences française refuse son élection — malgré ses deux Nobel, malgré sa réputation mondiale. Parce qu'elle est une femme. Elle ne sera jamais élue.

Les petites Curie et la radiologie de guerre

Quand la Première Guerre mondiale éclate en 1914, Curie comprend immédiatement l'utilité de la radiologie pour soigner les blessés. Elle équipe des voitures de radiologie mobile — les petites Curie — qui permettent de radiographier les soldats blessés directement près du front. Elle forme elle-même des radiologues, conduit des voitures, coordonne un service de radiologie militaire qui soignera environ un million de blessés.

Ces petites Curie sont les ancêtres directs des services de radiologie hospitalière que tout médecin fréquente aujourd'hui.

La mort par les rayonnements

Marie Curie meurt le 4 juillet 1934, à 66 ans, d'une aplasie médullaire — une destruction de la moelle osseuse par les rayonnements ionisants. Elle avait travaillé des décennies sans protection, transportant des tubes de radium dans sa poche, stockant des substances radioactives dans son bureau. Ses carnets de laboratoire sont encore aujourd'hui trop radioactifs pour être manipulés sans protection — conservés dans des boîtes plombées à la Bibliothèque nationale de France, ils peuvent être consultés seulement en signant une décharge.

Elle était morte de ses propres découvertes, sans jamais le savoir. Sa fille Irène, exposée elle aussi toute sa carrière aux rayonnements dans les mêmes laboratoires, mourra à son tour d'une leucémie radio-induite en 1956.

L'héritage médical : radiothérapie et médecine nucléaire

La médecine moderne utilise chaque jour l'héritage de Curie. La radiothérapie — qui traite des millions de cancers chaque année — repose sur la propriété qu'elle a découverte : les rayonnements ionisants détruisent les cellules. En ciblant une tumeur, on peut la détruire. La médecine nucléaire (scintigraphie, TEP-scan) utilise des isotopes radioactifs pour diagnostiquer des cancers, des maladies cardiaques, des pathologies neurologiques.

Sans Marie Curie, pas de radiothérapie. Pas de scanner. Pas de médecine nucléaire.


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