Culture médicale

Harald zur Hausen : celui qui a prouvé qu'un virus pouvait causer un cancer

Harald zur Hausen (1936-2023) a démontré que le papillomavirus humain (HPV) cause le cancer du col de l'utérus — une découverte à contre-courant qui a mené au vaccin HPV et au prix Nobel de médecine 2008.

⏱ 7 min de lecture·8 juillet 2026 🔄 Mis à jour le 23 juillet 2026
Harald zur Hausen lors d'une conférence de presse le 6 décembre 2008, peu après l'annonce de son prix Nobel
Harald zur Hausen, décembre 2008 — via Wikimedia Commons

Dans les années 1970, l'hypothèse dominante pour expliquer le cancer du col de l'utérus pointait le virus de l'herpès. Harald zur Hausen, virologue allemand, va démontrer qu'elle est fausse — et ouvrir la voie à l'un des vaccins anticancéreux les plus utilisés au monde.

Un parcours de formation classique, un intérêt précoce pour les virus et le cancer

Né le 11 mars 1936 à Gelsenkirchen, dans une famille catholique, Harald zur Hausen étudie la médecine dans trois universités allemandes — Bonn, Hambourg puis Düsseldorf — où il obtient son doctorat en 1960. Après quelques années comme assistant à l'Institut de microbiologie de Düsseldorf, il part aux États-Unis, à l'université de Pennsylvanie de Philadelphie, où il travaille auprès du couple de virologues Gertrud et Werner Henle, pionniers de la virologie médicale et découvreurs du virus d'Epstein-Barr.

C'est là, en étudiant le lien entre ce virus et deux cancers — le lymphome de Burkitt et le carcinome du nasopharynx, les tout premiers cancers jamais associés à un virus — que zur Hausen développe sa conviction qu'un virus peut directement causer un cancer chez l'humain. Une intuition qu'il va ensuite appliquer à un tout autre terrain : le cancer du col de l'utérus.

Une hypothèse à contre-courant

En 1976, à l'université d'Erlangen-Nuremberg, Harald zur Hausen émet une hypothèse qui va à l'encontre du consensus de l'époque : ce n'est pas le virus de l'herpès qui cause le cancer du col de l'utérus, mais le papillomavirus humain (HPV). Il poursuit ses recherches et identifie deux souches à haut risque, HPV-16 et HPV-18, retrouvées dans la grande majorité des biopsies de ce cancer.

Sa démonstration ne s'arrête pas là : il établit que l'infection virale seule ne suffit pas à provoquer le cancer — des modifications génétiques supplémentaires sont nécessaires pour transformer une cellule infectée en cellule cancéreuse. Une nuance essentielle, qui affine la compréhension du mécanisme.

Du diagnostic au vaccin

Dès 1984, zur Hausen entame des recherches sur un vaccin anti-HPV — malgré le scepticisme initial de l'industrie pharmaceutique, peu convaincue de la rentabilité du projet. Ses travaux mènent finalement au développement des vaccins Gardasil et Cervarix, commercialisés à partir de 2006. Aujourd'hui recommandée à grande échelle, la vaccination HPV constitue l'un des outils de prévention du cancer les plus efficaces jamais développés.

Une portée qui dépasse le col de l'utérus

La démonstration de zur Hausen — qu'un virus peut directement causer un cancer chez l'humain — a une portée qui va bien au-delà de sa découverte initiale. Les infections à HPV ont depuis été impliquées dans d'autres cancers : vulve, anus, pénis, bouche. Un champ de recherche entier sur les virus oncogènes s'est construit sur cette base.

Un scientifique à la tête d'un centre transformé

Nommé en 1983 à la direction du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) à Heidelberg, zur Hausen hérite d'une institution alors moquée par certains confrères comme un simple "hôtel pour docteurs à souris". Vingt ans plus tard, à son départ en 2003, le DKFZ s'est imposé comme l'un des centres de recherche sur le cancer les plus reconnus au monde — une transformation largement portée par son orientation scientifique et son management.

Ceux qui l'ont côtoyé décrivent un homme aux habitudes de travail très cadrées : lève-tôt notoire, commençant ses journées vers cinq heures du matin, mais refusant par principe de travailler le soir pour préserver du temps avec sa famille — il a eu trois fils de son premier mariage.

Un prix Nobel partagé, pour deux découvertes distinctes

Le 6 octobre 2008, le prix Nobel de physiologie ou médecine récompense deux découvertes complètement indépendantes la même année : celle de Harald zur Hausen sur le lien entre HPV et cancer, et celle de Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier sur la découverte du VIH. Trois lauréats, deux histoires distinctes, un seul prix cette année-là.

Harald zur Hausen meurt d'un AVC le 28 mai 2023 à Heidelberg, en Allemagne, à 87 ans — après avoir dirigé pendant vingt ans (1983-2003) le Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), qu'il avait hissé au rang de référence internationale.

En résumé

L'histoire de Harald zur Hausen rappelle qu'une hypothèse scientifique solide peut renverser un consensus établi — et que la persévérance face au scepticisme, y compris industriel, peut déboucher sur l'un des outils de prévention du cancer les plus largement utilisés aujourd'hui.


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