Madeleine Brès : la première femme docteur en médecine de France
Madeleine Brès (1842-1921) a obtenu en 1875 le premier doctorat de médecine jamais décerné à une femme en France, ouvrant la voie à des générations de femmes médecins.

En 1868, une jeune femme de 25 ans, mariée et mère de trois enfants, entre dans l'amphithéâtre de la Faculté de médecine de Paris. Elle s'appelle Madeleine Brès. Elle est la première femme à être officiellement inscrite dans une faculté de médecine française. Dans la salle, ses condisciples masculins l'accueillent dans le silence — certains par curiosité, d'autres par hostilité. Personne ne sait encore qu'elle est en train d'écrire une page de l'histoire de la médecine.
La Guyenne, Nîmes, Paris : un parcours d'exception
Madeleine Gebelin naît le 26 novembre 1842 à Bouillargues, dans le Gard, fille d'un charron. Elle découvre sa vocation dès l'âge de 8 ans en accompagnant son père, appelé pour des travaux à l'hôpital de Nîmes, où une religieuse la prend en affection et lui confie de menus soins. Mariée très jeune, à 15 ans, à Adrien-Stéphane Brès, un conducteur d'omnibus, elle s'installe à Paris et a trois enfants. Devenue veuve, seule avec ses enfants, elle cherche une voie professionnelle — et elle veut faire médecine.
La loi française n'interdit pas explicitement aux femmes d'étudier la médecine. Mais la pratique les exclut totalement. En 1866, Brès se présente devant le doyen de la Faculté de médecine de Paris, le chimiste Charles Adolphe Wurtz, qui se montre favorable mais pose une condition : elle doit d'abord obtenir son baccalauréat, ce qu'elle décroche comme candidate libre. Reste un obstacle : le Conseil de l'instruction publique s'était prononcé en 1867 contre l'entrée des femmes en médecine. C'est l'intervention personnelle de l'impératrice Eugénie, qui présidait ce jour-là le Conseil des ministres, appuyée par le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy, qui emporte la décision.
Le 24 octobre 1868, Madeleine Brès obtient l'accord officiel de son mari — requis, car une femme mariée n'a alors pas de pleine capacité juridique — et s'inscrit à la Faculté de médecine de Paris. Elle a 25 ans.
Sept ans pour un doctorat
Le parcours est long et semé d'obstacles. Brès n'a pas les facilités de ses condisciples masculins — pas de réseau, pas de modèle. Elle travaille, étudie, élève ses enfants. Pendant la guerre de 1870, alors que de nombreux médecins partent au front, elle est nommée interne provisoire à l'hôpital de la Pitié jusqu'en 1871.
En 1875, après sept années de travail, Madeleine Brès soutient sa thèse de doctorat devant le jury de la Faculté de médecine de Paris, sous la direction de son ancien doyen Wurtz. Le titre : De la mamelle et de l'allaitement. Un sujet qui peut sembler cantonné à la sphère féminine — mais qui répond à un enjeu de santé publique majeur. La mortalité infantile liée aux pratiques d'allaitement et aux nourrices mercenaires est dramatique dans la France du XIXe siècle. Brès consacrera toute sa carrière à la pédiatrie et à la santé maternelle.
Elle est Docteur en médecine. La première femme à l'être en France.
Une carrière entravée
Le titre n'ouvre pas toutes les portes — loin de là. Brès ne peut pas passer les concours de l'internat, réservés aux hommes. Elle ne peut pas accéder aux postes hospitaliers. Elle ouvre un cabinet médical à Paris et exerce comme pédiatre, spécialisée dans la santé des nourrissons et des jeunes enfants.
Sa clientèle est d'abord méfiante — certaines mères préfèrent un médecin homme. Ses confrères sont souvent hostiles. Les institutions médicales ne l'accueillent pas. Sa carrière est réelle, mais constamment entravée par les mêmes obstacles qui avaient déjà failli l'empêcher d'étudier.
L'oubli et la redécouverte
Madeleine Brès meurt le 30 novembre 1921 à Montrouge, aux portes de Paris, presque aveugle, dans un dénuement quasi total. Son rôle pionnier n'est pas reconnu officiellement de son vivant. Pas de cérémonie, pas de portrait officiel dans une salle de faculté, pas de rue à son nom dans les grandes villes médicales françaises.
Ce n'est qu'avec l'essor des études sur l'histoire des femmes, à partir des années 1980-1990, que Madeleine Brès retrouve la place qui lui revient. Aujourd'hui, son nom est cité dans tous les cours d'histoire de la médecine française, et des associations médicales féminines portent son nom.
Le chemin parcouru en 150 ans
Quand Madeleine Brès entre à la faculté en 1868, il n'y a littéralement aucune femme médecin en France. Quand elle obtient son doctorat en 1875, elle est seule.
Aujourd'hui, plus de 50% des étudiants en médecine en France sont des femmes. La pédiatrie, la gynécologie, la psychiatrie, la dermatologie sont des spécialités à majorité féminine. En 150 ans, la médecine française est passée de zéro à la parité — grâce, en partie, à une femme de 25 ans qui a osé se présenter devant le doyen d'une faculté de médecine en 1866.
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