Agnodice : la première femme médecin de l'histoire
Agnodice (~305 av. J.-C.), figure légendaire de la Grèce antique, aurait bravé les lois athéniennes pour exercer la médecine déguisée en homme, ouvrant la voie aux femmes dans la médecine.

Avant qu'une femme puisse légalement faire médecine en France, il aura fallu attendre 1875. Avant qu'une femme reçoive le prix Nobel de médecine, 1947. Avant qu'une femme co-dirige un laboratoire qui découvre le VIH, 1983. Ces dates semblent récentes. Pourtant, l'histoire de la médecine commence avec une femme — ou du moins, avec la légende d'une femme — qui vivait il y a 2 300 ans dans la Grèce antique : Agnodice.
La légende d'Hygin
Le récit que nous avons d'Agnodice vient de Caius Julius Hygin, auteur romain du Ier siècle avant J.-C. Dans ses Fabulae, il raconte l'histoire d'une jeune Athénienne qui refusait d'accepter l'interdiction faite aux femmes d'exercer la médecine.
Athènes, vers 305 avant J.-C. Les femmes sont légalement exclues de l'éducation médicale et de l'exercice de la médecine. La conséquence est dramatique : des femmes meurent pendant l'accouchement plutôt que de se laisser examiner par un médecin de sexe masculin — par pudeur, par convention, par peur. La gynécologie et l'obstétrique sont dans un état catastrophique.
Agnodice décide d'agir. Elle se coupe les cheveux, revêt des habits masculins, et part à Alexandrie — le grand centre médical de l'Antiquité — pour suivre les enseignements d'Hérophile, l'un des plus grands anatomistes de l'époque. Elle apprend la médecine, se spécialise dans les soins aux femmes.
Revenue à Athènes, elle exerce en homme. Quand une patiente refuse ses soins, elle révèle discrètement son identité féminine — à elle seule — et peut ainsi soigner. Sa réputation grandit, surtout auprès des femmes. Les médecins masculins, jaloux de son succès, l'accusent d'entretenir des liaisons avec ses patientes.
Elle est traduite en justice. Ses patientes — dont les épouses des notables les plus influents d'Athènes — témoignent en sa faveur avec une telle véhémence que les juges l'acquittent. Plus encore : les lois sont modifiées pour permettre aux femmes libres d'exercer la médecine à Athènes.
Une figure réelle ou symbolique ?
Les historiens débattent de l'historicité d'Agnodice. Hygin écrit 300 ans après les faits. Aucune source contemporaine ne mentionne Agnodice. Certains chercheurs pensent qu'elle est un personnage en partie légendaire, construit pour expliquer un changement réel dans la pratique médicale athénienne — d'autres suggèrent même un lien possible avec le mythe de Baubo, une figure de la mythologie grecque connue par des figurines antiques la représentant relevant sa robe pour amuser la déesse Déméter, sans qu'aucun consensus n'existe sur ce rapprochement.
Mais qu'elle soit entièrement réelle ou partiellement symbolique ne change pas son importance. Elle incarne une vérité documentée : dans le monde antique, des femmes pratiquaient des soins — sages-femmes, matrones, guérisseuses — malgré toutes les interdictions formelles. Leur savoir existait. Il était simplement invisible dans les archives officielles rédigées par des hommes. Sa légende a d'ailleurs traversé les siècles jusqu'à devenir un argument politique concret : à la fin du XIXe siècle, la médecin écossaise Sophia Jex-Blake s'appuya explicitement sur le parcours d'Agnodice pour démontrer que la profession médicale était légitimement accessible aux femmes.
L'exclusion des femmes de la médecine : une longue histoire
L'histoire d'Agnodice illustre un paradoxe que les sociétés occidentales ont mis des siècles à résoudre : les femmes étaient socialement assignées aux soins du corps (nourrir, enfanter, soigner les enfants et les malades) tout en étant exclues de la profession médicale officielle.
Cette exclusion a des conséquences médicales réelles. En France, ce n'est qu'en 1875 que Madeleine Brès obtient le premier doctorat de médecine décerné à une femme. En 1900, les femmes représentaient moins de 1% des médecins français. Aujourd'hui, elles sont plus de 50% des étudiants en médecine.
Ce qu'Agnodice dit aux futurs médecins
Agnodice dit une chose simple et toujours actuelle : le savoir n'a pas de genre. La compétence médicale non plus. Et l'exclusion de la moitié de l'humanité de la médecine n'est pas seulement une injustice — c'est une perte médicale. Les femmes qui mouraient en accouchant à Athènes parce qu'aucun homme ne pouvait les examiner et qu'aucune femme n'était autorisée à le faire : c'est le coût réel de cette exclusion.
Suite de la série Culture médicale — femmes en médecine : Madeleine Brès · Florence Nightingale · Marie Curie. Explore aussi le métier de sage-femme, la filière de soins la plus anciennement féminine.
Guide PASS / L.AS 2026 — Téléchargement gratuit
10 chapitres pour tout comprendre : filières, Parcoursup, stratégie, prépas.
🔒 Gratuit, sans spam. Tu peux te désabonner à tout moment.
Questions fréquentes
Guide PASS / L.AS 2026 — Téléchargement gratuit
10 chapitres pour tout comprendre : filières, Parcoursup, stratégie, prépas.
🔒 Gratuit, sans spam. Tu peux te désabonner à tout moment.
Articles dans la même catégorie
Allison & Honjo : ceux qui ont appris au système immunitaire à combattre le cancer
⏱ 6 min de lecture
Culture médicaleShinya Yamanaka : le chirurgien devenu chercheur qui a fait rajeunir les cellules
⏱ 6 min de lecture
Culture médicaleBarry Marshall : le médecin qui a bu une bactérie pour prouver qu'il avait raison
⏱ 5 min de lecture
Culture médicaleHarald zur Hausen : celui qui a prouvé qu'un virus pouvait causer un cancer
⏱ 5 min de lecture
📬 Ne rate aucune actualité santé
Réforme PASS/LAS, Parcoursup, conseils prépas — dans ta boîte mail.