Joseph Lister : l'antisepsie qui a sauvé la chirurgie moderne
Joseph Lister (1827-1912) a appliqué la théorie des germes de Pasteur à la chirurgie en 1865, inventant l'antisepsie chirurgicale et faisant chuter la mortalité postopératoire de 50% à moins de 15%.

En 1865, dans son service de chirurgie à l'Infirmerie Royale de Glasgow, Joseph Lister lit attentivement les publications de Louis Pasteur sur les germes. Et il a une intuition décisive.
Si les infections des plaies sont causées par des micro-organismes — comme Pasteur le démontre — alors il suffit de les tuer pour éviter les infections postopératoires. La logique est simple. Les conséquences sont révolutionnaires.
Glasgow, Édimbourg, Londres : un chirurgien méthodique
Joseph Lister naît le 5 avril 1827 à Upton, en Essex, dans une famille quaker aisée. Son père, Joseph Jackson Lister, est un physicien amateur qui a amélioré le microscope achromatique — un instrument qui joue un rôle symbolique dans la carrière de son fils. Lister se destine d'abord à une carrière de naturaliste avant de se tourner vers la médecine. Il étudie à University College London et entre en chirurgie. Il travaille à Édimbourg sous James Syme, l'un des plus grands chirurgiens britanniques de l'époque, dont il épouse la fille Agnes en 1856 — un mariage heureux, sans enfant, où Agnes s'implique pleinement dans les travaux professionnels de son mari, l'assistant jusque dans son laboratoire.
Nommé professeur de chirurgie à Glasgow en 1860, il travaille dans un service à mortalité catastrophique — comme tous les services chirurgicaux de l'époque. Entre 1861 et 1865, 45 à 50% de ses patients amputés meurent de septicémie. La majorité des opérés meurent de « fièvre des hôpitaux » dans les jours qui suivent l'opération.
1865 : l'acide phénique et la révolution
Lister lit les travaux de Pasteur et comprend immédiatement l'implication chirurgicale. Après avoir testé sans succès le chlorure de zinc, il retient l'acide phénique (phénol) — déjà utilisé pour désodoriser les égouts municipaux et les champs d'épandage. Le 12 août 1865, il applique pour la première fois des compresses phéniquées sur la fracture ouverte de la cuisse d'un jeune patient, Charles Cobb, plutôt que d'opérer : la plaie guérit sans complication, la fracture se consolide en trois mois — un résultat que ses collègues n'avaient jamais observé pour ce type de blessure.
Ses premières publications, en 1867, présentent les résultats dans son service : la mortalité postopératoire est passée de plus de 50% à moins de 15%. Les amputations qui tuaient un opéré sur deux survivent maintenant dans plus de huit cas sur dix.
Il publie dans The Lancet une série d'articles qui fondent l'antisepsie chirurgicale. La démonstration est implacable. Pourtant, la reconnaissance tarde : c'est en Allemagne, où l'antisepsie est rapidement adoptée pendant la guerre franco-allemande, que Lister est d'abord accueilli en triomphe lors d'une tournée en 1875 — la Grande-Bretagne et les États-Unis, eux, restent sceptiques encore plusieurs années.
Le lien Pasteur-Lister : une filiation directe
Lister écrit à Pasteur en 1874 pour lui exprimer sa gratitude — une lettre restée célèbre dans l'histoire de la médecine. Les deux hommes se rencontrent en 1892 lors du jubilé de Pasteur à Paris, dans une scène émouvante où Lister prend la parole devant l'amphithéâtre de la Sorbonne pour rendre hommage à celui qui lui avait « montré la vérité ».
Le lien entre la microbiologie de Pasteur et la pratique chirurgicale de Lister illustre un principe fondamental : les découvertes fondamentales ne deviennent médicalement utiles que quand quelqu'un fait le lien avec le lit du malade.
L'antisepsie et l'anesthésie : deux révolutions complémentaires
Il n'est pas anodin que Lister et Crawford Long (anesthésie à l'éther) appartiennent à la même génération. L'anesthésie a rendu les opérations indolores — mais les patients continuaient à mourir d'infections. L'antisepsie a rendu les opérations survivables — mais sans anesthésie, la douleur limitait ce qu'on pouvait faire.
Ensemble, ces deux révolutions ont fondé la chirurgie moderne. Les patients de l'anesthésie-réanimation et de la chirurgie générale leur doivent la vie, collectivement.
Listerine
En 1879, un produit antiseptique buccal est commercialisé sous le nom de Listerine en hommage à Joseph Lister — l'une des présences les plus discrètes d'un nom médical dans la vie quotidienne mondiale. Lister protesta, sans succès, contre l'utilisation de son nom pour ce produit commercial. Son nom sera aussi donné, en 1940, au genre bactérien Listeria.
Il reçoit des honneurs considérables : baronnet en 1883, pair du royaume en 1897 (Lord Lister), président de la Royal Society de 1895 à 1900. Il meurt en 1912, à 84 ans. Le monde qu'il avait quitté opérait proprement.
Suite de la série : Pasteur · Semmelweis · Ambroise Paré. Explore l'anesthésie-réanimation.
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