Alexander Fleming : la pénicilline, découverte par accident, qui a sauvé des millions de vies
Alexander Fleming (1881-1955) a découvert la pénicilline en 1928, fondant l'ère des antibiotiques et révolutionnant le traitement des infections bactériennes pour toujours.

Il y a des accidents qui changent le monde. Le 3 septembre 1928, Alexander Fleming revient de vacances dans son laboratoire londonien de St. Mary's Hospital et trouve une boîte de Petri contaminée par une moisissure. Dans la plupart des laboratoires, un chercheur aurait stérilisé la boîte et recommencé. Fleming, lui, regarde mieux. Autour de la moisissure verte, les colonies de staphylocoques sont mortes — un halo stérile parfait là où la moisissure a diffusé quelque chose dans le milieu de culture. En quelques secondes, Fleming comprend qu'il est en train de regarder quelque chose d'extraordinaire.
Darvel, Londres, la guerre et le laboratoire
Alexander Fleming naît le 6 août 1881 à Darvel, en Écosse, septième enfant d'un fermier. Il grandit dans la campagne écossaise, excelle à l'école, monte à Londres à 13 ans. Après une série d'emplois administratifs, il entre tardivement à la Faculté de médecine de St. Mary's à Paddington, où il devient l'un des meilleurs étudiants de sa promotion.
Pendant la Première Guerre mondiale, Fleming travaille dans des hôpitaux militaires en France. Il voit mourir des soldats non pas de leurs blessures mais des infections bactériennes qui s'ensuivent — gangrènes, septicémies, pneumonies. Ces années forgent sa conviction que la médecine a besoin d'armes bactéricides. De retour à Londres, il consacre sa recherche à cette question.
En 1922, il découvre le lysozyme — une enzyme antibactérienne naturelle présente dans les larmes et la salive. C'est une belle découverte, mais le lysozyme ne détruit que des bactéries peu dangereuses. Fleming cherche autre chose.
1928 : la boîte de Petri oubliée
L'histoire de la pénicilline est souvent racontée comme un pur hasard. C'est vrai — et c'est une demi-vérité. La contamination de la boîte par la moisissure Penicillium notatum était accidentelle. Mais Fleming avait l'œil et la formation pour reconnaître ce que beaucoup auraient jeté.
Il isole la moisissure, la cultive, recueille le liquide dans lequel elle a poussé, et teste ses effets sur différentes bactéries. Les résultats sont spectaculaires : ce liquide tue staphylocoques, streptocoques, et de nombreuses bactéries responsables d'infections graves, sans être toxique pour les globules blancs humains ni pour les animaux de laboratoire.
Fleming nomme la substance active pénicilline et publie ses résultats en juin 1929. L'article est lu, noté — et largement ignoré. Fleming n'arrive pas à purifier la pénicilline ni à la produire en quantité suffisante pour des essais cliniques. Il passe à autre chose, mais conserve précieusement sa souche de Penicillium.
Florey, Chain et la pénicilline comme médicament
C'est une équipe d'Oxford qui transforme la découverte en médicament. En 1940, Howard Florey et Ernst Chain reprennent les travaux de Fleming, développent un procédé de purification et testent la pénicilline sur des animaux, puis sur des humains.
Les résultats sont stupéfiants. En 1941, un policier mourant d'une septicémie staphylococcique reçoit les premières injections de pénicilline purifiée — il remonte de façon spectaculaire avant que le stock s'épuise. La preuve est faite. La production industrielle, financée en urgence par les États-Unis en pleine Seconde Guerre mondiale, commence en 1943.
À la fin de la guerre, la pénicilline a sauvé des dizaines de milliers de blessés que les infections auraient tués. Fleming, Florey et Chain reçoivent conjointement le prix Nobel de médecine en 1945.
La pénicilline et la révolution de l'infectiologie
Avant la pénicilline, une pneumonie, une méningite à méningocoques, une septicémie ou la syphilis étaient souvent mortelles ou mutilantes. La microbiologie médicale savait identifier les agents responsables depuis Pasteur et Koch — mais elle n'avait pas les armes pour les combattre efficacement.
La pénicilline ouvre l'ère des antibiotiques : dans les décennies suivantes, des dizaines de molécules antibactériennes sont découvertes ou synthétisées. La chirurgie générale devient radicalement plus sûre. La mortalité maternelle s'effondre. L'espérance de vie augmente de façon spectaculaire dans les pays qui ont accès à ces médicaments.
La mise en garde prophétique
Dans son discours du prix Nobel, Fleming prononce des paroles prophétiques : si la pénicilline est sous-dosée ou utilisée trop brièvement, les bactéries développeront des résistances. C'était en 1945.
Aujourd'hui, l'antibiorésistance est l'une des premières menaces de santé publique mondiale. Des bactéries comme le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) ou les entérobactéries productrices de carbapénémases résistent à presque tous les antibiotiques disponibles. Les infectiologues et les microbiologistes se battent chaque jour contre cette réalité que Fleming avait anticipée 80 ans plus tôt.
Ce que Fleming dit aux futurs médecins
La pénicilline est née d'un accident transformé en découverte par un esprit qui savait quoi regarder. La curiosité, la rigueur, et la capacité à voir quelque chose d'intéressant là où d'autres voient une erreur de manipulation : ce sont des qualités aussi précieuses pour un médecin que pour un chercheur.
Et la mise en garde de Fleming reste urgente : les antibiotiques sont une ressource précieuse. Les prescrire avec rigueur, en respectant les doses et les durées, c'est protéger non seulement le patient d'aujourd'hui, mais les patients de demain.
Fleming épouse en 1915 l'infirmière irlandaise Sarah McElroy, avec qui il aura un fils, Robert, qui deviendra médecin généraliste. À la mort de Sarah en 1949, Fleming se remarie en 1953 avec Amalia Koutsouri-Voureka, une bactériologiste grecque qui avait été sa collègue à St. Mary's. Il meurt d'une crise cardiaque le 11 mars 1955 à Londres, à 73 ans. Ses cendres reposent dans la cathédrale Saint-Paul, aux côtés des grandes figures de l'histoire britannique.
Suite de la série Culture médicale : Pasteur · Koch · Jenner. Explore aussi l'infectiologie et la microbiologie médicale.
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