Wilhelm Röntgen : la découverte des rayons X qui a révolutionné la médecine
Wilhelm Röntgen (1845-1923), physicien allemand, a découvert les rayons X en 1895 et reçu le premier prix Nobel de physique. Sa découverte a fondé toute la radiologie et l'imagerie médicale moderne.

Le 8 novembre 1895, dans son laboratoire de l'Université de Würzburg, Wilhelm Conrad Röntgen est en train d'expérimenter avec un tube cathodique sous vide. Le tube est recouvert de carton noir. La pièce est dans l'obscurité. Et pourtant, un écran fluorescent à l'autre bout de la pièce s'illumine.
Quelque chose traverse le carton. Quelque chose traverse l'air. Quelque chose que l'œil ne voit pas. Röntgen passe les semaines suivantes à caractériser ce rayonnement mystérieux — qu'il appelle rayons X, X pour inconnu. Le 22 décembre 1895, il place la main de sa femme Anna Bertha devant le tube. Sur l'image obtenue, les os de sa main apparaissent distinctement, entourés de la chair en transparence. C'est la première radiographie médicale de l'histoire.
Anna regarde son propre squelette et dit : « J'ai vu ma mort. »
Lennep, Zurich, Würzburg : un physicien méthodique
Wilhelm Conrad Röntgen naît le 27 mars 1845 à Lennep, en Rhénanie prussienne, fils unique d'un fabricant de textile. Sa famille déménage alors qu'il est enfant aux Pays-Bas, pays natal de sa mère. Élève sans éclat particulier, il est exclu de son école secondaire à Utrecht — accusé d'avoir caricaturé l'un de ses professeurs — et se retrouve sans diplôme lui permettant d'accéder normalement à l'université. Il parvient malgré tout à intégrer l'École polytechnique fédérale de Zurich, tout juste fondée, où il obtient un diplôme d'ingénieur mécanicien puis un doctorat de physique en 1869. C'est là qu'il rencontre Anna Bertha Ludwig, fille du patron d'une brasserie fréquentée par professeurs et étudiants, de six ans son aînée ; ils se marient en 1872 et resteront ensemble jusqu'à la mort d'Anna.
Röntgen enseigne successivement à Strasbourg, Giessen, puis à Würzburg à partir de 1888. Physicien expérimental rigoureux, patient, peu enclin à la publicité, il travaille seul, dans son laboratoire, sur des questions fondamentales de physique — thermodynamique, cristaux, polarisation de la lumière. La découverte des rayons X est, dans un sens, un accident — mais un accident survenu à quelqu'un qui avait la formation et la méthode pour le reconnaître, le caractériser et le publier.
Six semaines de travail frénétique
Après la découverte du 8 novembre, Röntgen passe six semaines dans son laboratoire, mangeant à peine, dormant peu, à caractériser systématiquement les propriétés de ces rayonnements inconnus. Il publie son premier article le 28 décembre 1895 — Sur un nouveau type de rayons — avec les premières radiographies.
L'article fait l'effet d'une bombe. En quelques jours, des copies circulent dans toute l'Europe. En quelques semaines, des hôpitaux aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France utilisent les rayons X pour détecter des fractures et des corps étrangers. La médecine vient de recevoir son premier outil d'imagerie.
Le premier prix Nobel de physique
En 1901, lors de la toute première cérémonie des prix Nobel, Röntgen reçoit le prix Nobel de physique — une reconnaissance que personne ne contestait. Fidèle à sa conception désintéressée de la science, il reverse la dotation financière du prix à l'université de Würzburg.
Il avait auparavant refusé de breveter sa découverte, estimant qu'elle appartenait à l'humanité. Cette décision désintéressée a permis la diffusion immédiate et universelle de la radiologie — sans brevet à négocier, sans royalties à payer, tout hôpital dans le monde pouvait construire ou acheter un tube à rayons X.
L'héritage : toute l'imagerie médicale
La radiologie moderne — radiographies, scanners, mammographies, fluoroscopies — descend directement de cette découverte de novembre 1895. Le scanner, inventé dans les années 1970, n'est qu'une rotation automatisée du tube de Röntgen autour du patient, avec reconstruction informatique. La mammographie utilise les mêmes rayons, à des énergies adaptées.
Marie Curie a travaillé en parallèle sur la radioactivité — les deux physiciennes ont révolutionné la médecine depuis la même décennie, sans se connaître initialement, depuis des angles différents du même phénomène : les rayonnements ionisants.
Röntgen se protégeait, lui, par prudence derrière des écrans de plomb — précaution qui explique sans doute pourquoi le cancer de l'intestin dont il meurt le 10 février 1923 à Munich ne semble pas lié à ses travaux. Très patriote, il vit mal la défaite allemande de 1918, et se retrouve ruiné par l'inflation de l'après-guerre. Il meurt seul, peu après le décès de sa femme, dans une relative pauvreté — il avait refusé de s'enrichir de sa découverte. Son nom est gravé dans l'unité de mesure des rayonnements (rem = roentgen equivalent man), dans les Röntgenstrahlen allemands, et dans chaque service de radiologie du monde.
Suite de la série : Marie Curie · Laennec · Pasteur. Explore la radiologie.
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