Nicolas Vauquelin : du garçon de laboratoire au découvreur de deux éléments chimiques
Nicolas-Louis Vauquelin (1763-1829), pharmacien d'origine paysanne, a découvert le chrome et le béryllium et isolé le premier acide aminé, devenant l'un des grands chimistes français du tournant du XIXe siècle.

À 14 ans, un fils de paysan normand quitte son village avec pour tout bagage un écu de six livres et la bénédiction de sa mère. Placé comme garçon de laboratoire chez un pharmacien de Rouen, il n'a pas les moyens de suivre les cours de chimie qu'on y dispense — alors il écoute en travaillant, et recopie ses notes la nuit à la lueur d'une bougie. Cet enfant s'appelle Nicolas-Louis Vauquelin. Il deviendra l'un des chimistes les plus productifs de son temps, avec deux éléments du tableau périodique à son nom.
De garçon de laboratoire à protégé de Fourcroy
Né le 16 mai 1763 à Saint-André-d'Hébertot, dans le Calvados, Vauquelin grandit dans une extrême pauvreté. Placé chez un pharmacien de Rouen où il fait office de garçon de laboratoire, il découvre la chimie en autodidacte : il assiste aux cours donnés aux apprentis tout en entretenant le feu des fourneaux, retient tout, et rédige la nuit ce qu'il a appris sur des feuilles volantes empruntées à d'autres élèves.
Tombé malade et hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Paris, il a la chance de rencontrer le pharmacien Chéradame, qui l'engage et le présente à son cousin, le chimiste Antoine-François Fourcroy. Ce dernier devient son mentor, son ami, et le pousse à surmonter sa timidité naturelle pour enseigner. De garçon de laboratoire, Vauquelin devient peu à peu l'un des chimistes les plus respectés d'Europe.
1797-1798 : deux éléments chimiques en deux ans
Vauquelin publiera plus de 370 écrits scientifiques au cours de sa carrière, mais deux découvertes en particulier marquent l'histoire de la chimie. En 1797, en analysant un minerai de plomb rouge venu de Sibérie appelé crocoïte, il isole un nouvel élément métallique aux teintes vives, qu'il nomme chrome (du grec khrôma, couleur). Un an plus tard, en 1798, en comparant les compositions chimiques du béryl et de l'émeraude à la demande du minéralogiste Haüy, il découvre un second élément inconnu, qu'il baptise « glucine » en raison de la saveur sucrée de ses sels — ce métal sera rebaptisé béryllium quelques années plus tard.
Vauquelin isole aussi, en 1806, l'asparagine à partir du suc d'asperges : c'est le tout premier acide aminé jamais identifié par la science, une découverte fondatrice pour la biochimie à venir.
Un chimiste au service de la Révolution
Pendant la Terreur, alors que la France manque cruellement de poudre à canon pour se défendre contre l'Europe entière, Vauquelin est mobilisé pour superviser la production de salpêtre — composant essentiel de la poudre noire — dans plusieurs départements de l'ouest du pays. Le savant discret, davantage à l'aise devant ses fourneaux que dans l'arène politique, contribue ainsi directement à l'effort de guerre révolutionnaire.
Sa carrière est ensuite fulgurante : professeur à l'École polytechnique dès 1794, à l'École des mines, au Collège de France en 1801, puis au Muséum d'histoire naturelle en 1804. Il devient l'un des tout premiers membres de l'Institut de France en 1795, et succède à son ami Fourcroy à la chaire de chimie de la Faculté de médecine de Paris en 1809.
Le mentor de Thénard
Fidèle à ce qu'il a lui-même reçu de Fourcroy, Vauquelin devient à son tour le protecteur d'un autre fils de paysan pauvre, Louis-Jacques Thénard, qu'il forme et pousse dans sa carrière. Thénard deviendra l'un des plus grands chimistes français, découvreur du bore et de l'eau oxygénée.
Napoléon lui-même reconnaît le mérite de Vauquelin, mais estime que sa place est « autour de ses fourneaux » plutôt qu'aux honneurs : il ne reçoit qu'un modeste ruban de la Légion d'honneur, quand d'autres savants de son rang accèdent à des titres bien plus prestigieux. Vauquelin meurt le 14 novembre 1829, dans le village où il était né, profondément affecté par la mort de son ami Fourcroy vingt ans plus tôt.
Le chrome qu'il a découvert compose aujourd'hui l'acier inoxydable qui équipe la plupart des instruments médicaux et chirurgicaux du monde — un clin d'œil discret à ce pharmacien qui a passé sa vie à analyser patiemment la matière, minerai après minerai.
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