Marcello Malpighi : le pionnier de la microscopie qui a complété Harvey
Marcello Malpighi (1628-1694) a découvert les capillaires sanguins grâce au microscope, complétant la théorie de la circulation de Harvey, et fondé l'histologie et l'anatomopathologie modernes.

Le 3 novembre 1661, Marcello Malpighi envoie une lettre à Giovanni Borelli. Dedans, une description qui complète une des plus grandes découvertes médicales du siècle précédent : en observant au microscope les poumons d'une grenouille, il a vu les minuscules vaisseaux qui relient les artères aux veines — les capillaires. William Harvey avait démontré en 1628 que le sang circulait en circuit fermé, mais il avait avoué ne pas comprendre comment le sang passait des artères aux veines dans les organes. Malpighi venait de résoudre l'énigme.
Bologne et le microscope comme outil médical
Marcello Malpighi naît le 10 mars 1628 à Crevalcore, près de Bologne. Il étudie la médecine et la philosophie à l'Université de Bologne, où il entre en 1646. La mort soudaine de ses deux parents alors qu'il a 21 ans le contraint à subvenir aux besoins de ses huit frères et sœurs, sans pour autant l'empêcher de poursuivre ses études : il obtient son doctorat en 1653, et passe ensuite toute sa carrière à alterner entre Bologne, Pise et Messine. Il épouse la sœur de son maître Bartolomeo Massari, chez qui il assistait aux dissections pendant ses études. Il devient professeur de médecine et développe une passion précoce pour l'observation microscopique — un instrument encore rare et controversé à son époque.
Malpighi comprend ce que beaucoup de ses contemporains ne comprennent pas : le microscope n'est pas un jouet de curiosité. C'est un outil de connaissance médicale fondamentale. En regardant les organes à l'échelle microscopique, on peut comprendre leur structure et, progressivement, leurs fonctions.
Les capillaires : le chaînon manquant
Harvey avait calculé que le sang circulait en boucle — mais comment passait-il des artères aux veines dans les organes ? Il supposait des anastomoses invisibles à l'œil nu. En 1661, Malpighi place des poumons de grenouille sous son microscope et voit pour la première fois les capillaires : un réseau de vaisseaux minuscules, plus fins qu'un cheveu, reliant artérioles et veinules dans les alvéoles pulmonaires.
Le circuit de Harvey est enfin complet. Le sang part du cœur gauche par les artères, se distribue dans les organes par des artérioles de plus en plus fines, passe dans les capillaires où les échanges avec les tissus ont lieu, revient par des veinules puis les veines au cœur droit, passe dans les poumons pour s'oxygéner dans les capillaires pulmonaires décrits par Malpighi, et revient au cœur gauche. La boucle est fermée.
La fondation de l'histologie
Mais Malpighi ne s'arrête pas aux capillaires. Pendant trente ans, il observe systématiquement au microscope la structure de presque tous les organes : les poumons (dont il décrit les alvéoles), le foie (dont il identifie les lobules), la rate (dont il décrit les follicules lymphoïdes), le rein (dont il décrit les glomérules), la peau (dont il décrit la couche basale), le cerveau (dont il distingue substance blanche et substance grise), la langue (dont il décrit les papilles gustatives).
Ces travaux fondent l'histologie — la science qui étudie la structure microscopique des tissus. C'est le fondement direct de l'anatomopathologie moderne : la capacité à diagnostiquer les maladies en examinant au microscope les biopsies et les pièces opératoires. Un anatomopathologiste qui lit une lame de cancer du sein est, en un sens, l'héritier direct de Malpighi.
L'embryologie et les insectes
Malpighi travaille aussi sur le développement de l'embryon de poulet, suivant pas à pas les stades de formation du cœur, du cerveau et des vaisseaux — une contribution fondatrice à l'embryologie. Ses travaux sur le ver à soie (anatomie des insectes) anticipent toute l'entomologie scientifique.
Cette amplitude est caractéristique des grands esprits du XVIIe siècle : le microscope, outil nouveau, ouvrait un monde entier à explorer simultanément dans toutes les directions.
Les éponymes : une présence discrète dans le vocabulaire médical
Plusieurs structures anatomiques portent son nom, que tout étudiant en médecine croisera dans ses cours : la couche malpighienne de la peau, les corpuscules de Malpighi du rein (glomérules rénaux) et de la rate, les tubes de Malpighi des insectes. Cette présence discrète mais persistante dans la nomenclature médicale est la marque des véritables fondateurs.
Rome et la fin d'une vie d'observation
En 1691, à 63 ans et déjà affaibli par la maladie, Malpighi accepte à contrecœur l'invitation de son ami le pape Innocent XII à devenir son médecin personnel. Il s'installe à Rome avec sa femme, alors âgée, qui meurt le 11 août 1694 après vingt-sept ans de mariage. Trois mois plus tard, le 29 novembre 1694, une attaque d'apoplexie emporte Malpighi dans ses appartements du palais du Quirinal. Sa dépouille est ramenée à Bologne, la ville qui l'avait vu naître scientifiquement — mais aussi combattre pendant des décennies contre l'hostilité de ses pairs.
Ce que Malpighi enseigne aux futurs médecins
Malpighi enseigne l'art du regard méticuleux. Voir ce que personne n'a vu avant, décrire ce qu'on voit avec précision, résister à l'hostilité des bien-pensants — et continuer à observer. La médecine progresse quand des scientifiques acceptent de regarder plus finement, plus patiemment, avec de meilleurs outils que leurs prédécesseurs.
Suite de la série : Harvey · Vésale · Laennec. Explore l'anatomopathologie et la cardiologie.
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